Musique : The Red Jumpsuit Apparatus - Your Guardian Angel
____C'était le début du printemps, le soleil était là mais l'air était encore froid. L'herbe froissée par l'hiver commençait seulement sa renaissance, et de l'humidité de la terre émanait une odeur légère de pluie, ou de rosée. Allongé sur un vieux drap, humide de son contact avec la verdure, il contemplait simplement les cieux, attardant ses yeux sur tel ou tel oiseau qui passait, tel ou tel nuage, s'amusant comme un enfant à leur attribuer des formes farfelues.
____Ce n'était vraiment pas dans ses habitudes d'être ainsi, seul. Avec lui, il y avait toujours Bill, qu'importe l'endroit et les circonstances. Bill était toujours là.
____Bill devait être là.
____Il fit pivoter son corps, s'allongeant sur son flanc droit, une main soutenant sa tête. Son autre main caressait doucement les brindilles mortes, et ses yeux balayaient doucement l'étendue jaunâtre devant lui. Il était bel et bien seul cette fois là. C'était à la fois apaisant et oppressant. Il se retrouvait avec lui même, une première depuis quelques temps, et il paniquait. Paniquait d'avoir à affronter ses craintes et ses pensées les plus enfouies, les cauchemars et phobies qui pourrissaient jours après jours son existence. D'habitude, il y avait Bill. Et Bill aurait du être là. Il y pensait réellement à chaque minutes, chaque secondes de son existence. Bill était loin d'être sa moitié. Bill était son tout.
____Il soupira, et une petite nuée blanche s'échappa de ses lèvres. Il frissonna fortement, ramena ses jambes contre son estomac, cherchant la chaleur qui lui manquait incontestablement. Et il pensa à Bill, qui devait sûrement être dans la même position, enfoui sous la couverture laineuse qui traînait sur le canapé. Lorsqu'il avait laissé Bill, celui-ci dormait profondément, épuisé par une nuit plutôt agité, où ils avaient invités leurs amis. Il avait fait le moins de bruit possible, ne voulant le sortir de ses songes, et était sorti très discrètement. Bill ne l'aurait pas compris, si il lui avait annoncé qu'il avait besoin de prendre l'air, sans lui. Parce que Bill avait l'habitude d'être partout où il était.
____Il pensa à Bill, et à tout ce qu'il y avait autour de lui. Bill ne pouvait pas être que Bill. Il ne pouvait pas être qu'un être qui vit, qui existe. Il était, devait être quelque chose de plus que ça. Ce n'était pas seulement son frère, et l'amour de sa vie. Il n'était pas non plus quelque chose qui faisait partie de lui, comme une jambe, un bras ou un oeil. C'était au delà de tout ce qu'il y avait. C'était une force, un pouvoir, aussi réel qu'imaginaire, et même Tom ne savait pas ce que c'était. Ce qu'il était.
____Plusieurs fois il s'était surpris à penser que Bill était un dieu. Il avait rit de lui même, mais au fond, ça ne devait, et ça ne pouvait pas être totalement faux. Si Bill n'était pas un dieu aux yeux du monde, il l'était depuis toujours à ceux de Tom.
____Il crispa légèrement ses doigts dans l'herbe, la faisant craquer, céder, s'arracher, puis il lâcha les résidus dans une pluie légère. Il regardait chaque brin chuter, et le mouvement infime de cascade lui rappela immédiatement les cheveux de Bill. Chaque jour il les brossait, ses gestes se faisant fluides et patients, et Tom adorait le regarder faire. Il imaginait la douceur de Bill, la douceur de ses mouvements, la douceur de ses cheveux. Ils étaient d'un noir démesurément profond, mais semblaient malgré tout ternes et fatigués. Fatigués de toutes les expériences capillaires de leur propriétaire. Bill était adepte des colorations, brushing et extensions en tout genre. Tom n'avait jamais compris pourquoi un tel engouement pour de simples cheveux, mais il s'était vaguement souvenu que lui aussi cultivait une coiffure, un look, et que si Bill prenait autant de plaisir que lui à s'entretenir, alors il n'y avait rien à redire. Lorsque le dernier brin eut touché le sol, il fixa intensément celui-ci, mordant l'intérieur de ses joues. Non il était vrai qu'il ne comprenait pas toujours Bill, alors que lui semblait le comprendre à chaque fois. C'était comme si son frère avait une intelligence supérieure à la sienne, et qu'il pouvait deviner, à un sourire ou un regard, une attitude, ce que Tom avait à lui dire, ce qu'il avait fait, ou comment il se sentait. Tout cela le frustrait dans un sens, mais ça ne pouvait pas être une mauvaise chose, parce que Tom avait horreur de raconter.
____Il sourit légèrement en pensant à cet équilibre involontaire qu'ils avaient créé tout les deux avec les années. Mais il perdit rapidement ce sourire, des flots de pensées indomptables paralysant son esprit. Que serait-il devenu si Bill n'avait pas existé? Et, d'abord, aurait-il pu exister sans que Bill soit à ses côtés? Il se redressa instantanément, la peur parcourant douloureusement ses membres. Il avait souvent cette désagréable sensation d'engourdissement lorsque la remise en cause de son existence, de leur existence faisait surface. Il lui était difficile, non, inconcevable de penser à une vie sans Bill. Bill n'était-il pas sa vie après tout?
____Depuis la première cellule qui avait pourtant formé ses deux êtres bien distincts, Tom avait tout donné à Bill, comme Bill lui avait tout donné.
____Un poids dérangeant pris place au creux de son ventre alors que ses yeux fuyaient, cherchant quelconque repère. Il voulait quelque chose à quoi se fixer, pour ne pas chuter, pour ne pas s'enfoncer dans sa peur. Et son repère, c'était Bill. Mais Bill n'était pas là.
____Il paniqua, songeant sans le vouloir à ce qu'il adviendrait de lui si Bill venait à disparaître. Bill ne pouvait, ne devait pas disparaître, et aussi égoïste que ça soit, Tom avait toujours voulu partir avant lui, ou avec lui, parce qu'il savait que s'il voyait Bill s'en aller, son coeur se déchirerait, exploserait, qu'il deviendrait sûrement fou, et que même le bref temps qu'il aurait à endurer sans lui serait une longue agonie.
____Un lourd sanglot franchit la barrière de ses lèvres entre-ouvertes, et il ramena ses bras autour de lui, cherchant tant bien que mal à se protéger des morbides pensées qui l'assaillaient. Pour se redonner un temps soit peu de contenance, il souffla fortement, expirant la quasi totalité de l'air de ses poumons, et inspira doucement, renouvelant le courant vivifiant à travers lui. Ses mains tremblaient légèrement, et ses paupières battaient rapidement alors qu'il pensait encore à Bill.
Il retrouva sa position initiale, allongé sur le drap, mais se tourna sur le ventre, ses yeux fixant ainsi l'herbe à sa hauteur.
____A cet instant, il aurait voulu que Bill soit là avec lui. Bill était toujours là, et il avait toujours besoin de Bill. Il voulait être dans les bras de Bill et qu'il le rassure, comme souvent, qu'il lui dise que peu importe ce qui pouvait arriver, ils se retrouveraient toujours. Il voulait l'odeur de Bill avec lui, partout où il était. C'était l'odeur qui lui était la plus familière, et rassurante. C'était une odeur qu'il n'avait jamais eu l'occasion de retrouver. Il n'existait pas dans la nature quelque chose qui sentait comme Bill. Bill sentait la vie, lui semblait-il, et ça ne pouvait pas être totalement faux. C'était sucré, musqué, acidulé, fort et tellement doux et enivrant. Il n'avait pas souvenir que Bill ait senti autre chose que ça. Bien sûr, le brun ne se privait pas de mettre tel ou tel parfum de tel ou tel marque, mais Tom ne sentait définitivement que cette odeur. Cette odeur inqualifiable.
____Et si il perdait Bill, il n'y aurait plus l'odeur.
____Il inspira fortement, en y pensant fort, très fort. Il voulait cette odeur, et il avait beau inspirer, sentir, rien. Il n'y avait rien, puisque Bill n'était pas là.
____Ses doigts agrippèrent avec force les brins au sol alors que ses yeux se crispaient.
____Si Bill sentait divinement bon, il ne pouvait être que divinement beau.
____Bien que jumeaux, jamais il n'avait considéré Bill comme son reflet dans le miroir, son double exact. Pour lui, tout ce qui émanait de Bill était lumineux, et fort, et indescriptible. Un sourire ou un regard, tout de lui était chaud et froid, dur et doux, fort et fragile. Il incarnait la vie elle même, et bien qu'il ait parfois des sautes d'humeur, des mots plus hauts que d'autres ou bien des idées arrêtées sur certains sujets les menant parfois à de fortes disputes, Bill ne pouvait être que bon.
____Et qu'il était bon d'être avec Bill.
____Il avala difficilement sa salive, une boule vraiment douloureuse s'étant formée dans sa gorge.
____Être avec Bill, s'était tout et rien à la fois. C'était difficile à décrire, mais formidable à vivre. Ils avaient l'impression ensemble de faire tourner le monde. La présence de l'autre leur était indispensable, le contact encore plus. Tom aurait tout donné pour effleurer doucement une main de Bill, pour poser sagement ses lèvres sur son front, pour taquiner du bout d'un orteil un de ses pieds. Pour l'enlacer étroitement dans ses bras, respirer son odeur et sentir sa chaleur fraîche contre lui.
Bill lui manquait. Il devait être avec Bill.
____Il devait être avec Bill, et ça lui faisait mal. Mal partout. A l'intérieur comme à l'extérieur, tout son corps le faisait souffrir atrocement, et bientôt une larme roula sur sa tempe, se perdant dans le tissu bleu du drap. Il s'en voulait à présent, d'être parti sans son frère. Ce qui devait être une ballade tranquille virait au cauchemar, et seul, il ne pouvait pas surmonter le flux insupportable de larme et de douleur qui secouait son corps et son âme elle même.
____Sans Bill, c'était dur, vraiment trop dur. Il était plus qu'habitué à devoir se séparer de lui momentanément. Il se souvint de la première fois où Bill était parti chez un ami, sans lui. C'était un ami de Bill uniquement, et il était normal que Tom ne soit pas invité. Il l'avait regardé partir, le coeur serré, apeuré à l'idée qu'il puisse lui arriver quelque chose. Que Bill dise, ou fasse des choses sur lesquelles Tom n'avait aucun contrôle. Il ne pouvait tout simplement pas être là pour surveiller Bill, et il n'en avait pas dormi de la nuit, ou seulement très peu. Lorsque Bill était rentré le lendemain dans l'après-midi, ils s'étaient serrés l'un contre l'autre, et Bill avait confié à Tom qu'il s'était senti désagréablement seul, et abandonné. Tom n'avait pas été là pour veiller sur lui, et ça l'avait dérangé toute la nuit. En grandissant, il avait bien fallut qu'ils se séparent, parfois pendant deux ou trois jours. Il y avait toujours cette appréhension, mais tout ça restait supportable.
Malgré tout, Tom avait besoin de Bill plus que jamais, à cet instant. Il se sentait incapable. Incapable d'essuyer lui même ses yeux et ses joues, incapable de se lever, incapable de rentrer chez lui. Chez eux. Il avait besoin des doigts de Bill, qu'ils viennent enlever délicatement les larmes salées et que ses paroles douces les fassent tarir. Il avait besoin des grandes et fines mains de Bill pour l'aider à se mettre debout, de son sourire pour le faire tenir, de sa voix pour le guider. Il avait besoin de Bill pour avancer. Oui mais voilà, Bill n'était pas là.
____Une longue plainte éraillée se fit entendre. Tom pleurait vraiment.
____Il n'était pas celui qui devait pleurer, tout cela dans la logique unique que lui et Bill avait fondé. Bill pleurait, et Tom le consolait. Il en avait toujours été ainsi, et lorsque l'inverse se produisait, c'était toujours bouleversant et presque choquant pour eux. Il ne voulait vraiment pas pleurer, mais il ne pouvait en être autrement. Il avait mal. À la gorge, aux yeux, aux joues, à la mâchoire, à force de vouloir se retenir.
Mais de la peine, il passa à la colère. Son poing se forma brusquement alors que sa mâchoire se crispa avec force. Ses doigts ainsi repliés semblaient pouvoir détruire un arbre, un mur. Ses ongles, aussi courts fussent-ils, s'incrustaient désagréablement, presque douloureusement dans sa paume, et la jointure de ses phalanges paraissait vouloir craquer. Il souffla rageusement, s'en voulait d'être aussi faible. Tout cela était dans sa tête, il n'y avait rien de réel, du moins pour le moment. Pourquoi était-il aussi sensible à de simples pensées! Il était normal, après tout, d'avoir peur pour la personne que l'on aime le plus. C'était tout à fait normal et légitime d'avoir besoin de la présence de l'être aimé à ses côtés, alors pourquoi tant de larmes?
____Il déglutit difficilement, tentant de calmer sa respiration. Il allait rentrer, et tout allait bien aller. Tout allait bien aller parce que Bill serait là.
____Les larmes glissaient encore contre sa peau, et son corps ne semblait plus vouloir réagir à ce que son cerveau commandait. Il voulait, plus que tout, se lever, plier son drap et prendre rapidement le chemin du retour. Seulement, il était engourdi, et il se sentait fatigué. Désespéré. Ses forces semblaient avoir quitté son corps depuis de longues minutes déjà, et même son poing, si durement formé, s'était relâché. Il n'y arrivait pas. Il n'y arrivait plus.
____Il savait que tout cela était uniquement dut à ses craintes. Celles qu'il refoulait depuis toujours, et qui parfois, lorsqu'il était seul ou quasiment seul, ressurgissaient comme la foudre, frappant là où ça faisait mal. Frappant là où c'était fragile.
____Car oui, il devait bien se l'avouer, Bill était sa force mais aussi sa faiblesse. Il avait peur pour Bill, tout le temps, qu'il soit là ou pas. Il faisait attention à lui à chaque instant, c'était plus fort que lui. En se pinçant les lèvres, il se rappela cette fois où Bill et lui faisaient du roller ensemble. Ils avaient décidé ce jour là de descendre une pente assez conséquente, et Bill s'était entêté à ne pas vouloir prendre la main de Tom. Tout les deux avaient dévalé plus de la moitié du chemin pentu quand Bill cria à Tom, une panique évidente dans la voix, qu'il n'arrivait pas et n'arriverait sans doute pas à freiner. Sans se soucier de sa propre trajectoire, Tom avait expliqué à Bill comment utiliser correctement son frein, et alors que Bill arrivait sans encombre à se stopper, les rollers de Tom vrillèrent dangereusement, lui faisant perdre son équilibre. Il était violemment tombé en arrière, se rattrapant sur ses fragiles poignets. Bill n'avait rien eu ce jour là, et malgré le plâtre qu'il avait du porter pendant deux longs mois et ses multiples écorchures, Tom était vraiment fier et soulagé. Tom était prêt à souffrir pour Bill, donner son corps et son âme. Mais sûrement pas sa vie. Sa vie n'était-elle pas Bill après tout?
____Il renifla légèrement, et alors qu'il se croyait calmé, tout son corps se contracta en un spasme qui lui coupa le souffle. Il éclata en de déchirants sanglots. Tout en lui était secoué. Tout cela était trop. Ses doigts s'enfonçaient à présent dans la terre mouillée, et tout son visage était tordu de souffrance. Il aimait Bill, et ça lui faisait mal. Mal parce qu'il n'était pas conscient de tout ce qu'ils échangeaient, de tout ce qu'ils vivaient, de tout ce qu'ils ressentaient, et que si Bill partait, si Bill mourait, il n'aurait sûrement pas eu le temps de profiter comme il le fallait de sa présence.
____Bill ne devait pas le laisser.
____Il sanglotait comme un enfant, ses jambes repliées contre lui, ses mains cherchant désespérément quelque chose à agripper et serrer. Quelque chose qui allait le rassurer et l'aider à ce sortir de cette sombre transe. Cet enfer. Il voulait les bras de sa mère, ou la voix chaude de son père. Ou Bill. Il avait simplement cette herbe desséchée, et cette terre mouillée, et ce vieux drap, et ce vent froid.
____Tout était devenu si soudainement horrible qu'il lui paraissait impossible de s'en sortir sans l'aide de son frère. Tout était noir, et dur, et triste.
____Il poussa sur ses jambes et se retourna, son visage faisant face au ciel dans lequel les nuages défilaient à toute vitesse. Son corps était toujours secoué, son visage toujours inondé, ses pensées toujours imperméable à toute forme de bien être.
____Il aurait voulu plus que tout que Bill ait su où il se trouvait. Il aurait aimé que Bill arrive à grandes enjambées, que son ombre passe par dessus lui, et que la lumière pâle du soleil dessine les contours de son frère qu'il aurait deviné en plissant les yeux. Il souhait que Bill lui parle et lui dise qu'il était là, avec sa voix douce et un peu rauque du réveil. Qu'il s'accroupisse à côté de lui, passant une main sur sa joue, et qu'il lui prenne lentement la main pour les ramener tout les deux au chaud, où ils auraient bu un chocolat en se regardant sourire l'un l'autre, une musique calme sortant du poste posé par terre dans leur cuisine. Que Bill le fasse sourire en lui racontant un de ses rêves, qu'il le fasse rire en lui parlant de la voisine qu'ils s'amusaient à espionner par la fenêtre. Que Bill fasse exploser son coeur en posant sa main sur la sienne et qu'il lui dise dans le blanc des yeux à quel point il l'aimait et tenait à lui. Que Bill lui promette qu'il serait toujours là.
____Mais il fallait se faire au fait que Bill n'était pas là.
____Il pleura encore, longtemps, et lentement ses pleurs cessèrent. Quelques soubresauts le surprenaient encore, mais les larmes avaient totalement arrêté de couler, et la douleur de Tom s'était quelque peu apaisée. Il ne se sentait plus vide de tout, ou plein de peine et de déchirement. Il était cependant loin de se sentir bien, mais il allait mieux. Il venait d'évacuer ce trop plein qu'il ne se permettait de lâcher que trop rarement. Il ne sentait plus - ou seulement très peu – ses membres, et avait l'étrange mais pas désagréable impression de flotter. Alors que son esprit sortait tout juste de ce qu'il voulait appeler un autre monde plutôt qu'une réalité future, son corps semblait être lui aussi sujet à un, comme qui dirait, voyage. Il remua ses doigts, puis sa main, et la porta pour finir à son visage, essuyant par de doux gestes le ruisseau de larmes. S'en était fini de cette peur. Il savait que Bill allait bien, et qu'il irait bien tant qu'ils seraient ensemble. Bill était fort, et assez responsable et mature pour s'occuper de lui même. Et pour s'occuper de Tom.
____Il se redressa doucement, sentant son dos craquer sous la pression, et souffla un bon coup. Il leva les yeux vers le ciel, contemplant une dernière fois l'étendue blanche grise et bleue.
Il ne se souvenait même pas de ce qui l'avait emmené à tant de larmes, ni de ce qui l'avait poussé à venir ici, et encore moins depuis combien de temps il était là.
____Il se leva, frotta énergiquement son pantalon baggy, et secoua tout aussi vivement le drap sur lequel il était installé. Il le plia, renifla une dernière fois, et parti vers l'entrée du petit jardin, reprenant le chemin le menant chez lui. Le menant à Bill.
____Après quelques courtes minutes de marche, Tom arriva au seuil de leur maison. Bill était là quelque part derrière les murs gris clair. Peut-être dans la salle de bain en train de brosser ses cheveux. Peut-être dans son lit à écouter de la musique. Peut-être à la fenêtre à le regarder arriver. Ou peut-être dans la cuisine devant un chocolat chaud, ou un thé.
____Il glissa d'une façon familière la clef dans la serrure et ouvrit doucement la porte. Il enleva directement ses chaussures, posant les portes-clefs métallique sur la petite table de l'entrée, et se dirigea calmement vers le salon. Sa respiration s'était accélérée lorsqu'il avait ouvert la porte, et une sorte d'euphorie s'était emparée de lui alors qu'il avait avancé dans la maison. Mais toute cette excitation était retombée alors que ses yeux se posèrent directement sur un Bill encore endormi. Ses genoux étaient remontés contre son ventre, ses cheveux couvraient son visage et la couverture était au sol. Tom se pencha pour la ramasser, et couvrit délicatement Bill avec, ajustant la laine pour qu'il n'ait pas froid. Il s'installa dans un des fauteuils faisant face au canapé, s'enfonçant dedans sans lâcher Bill des yeux.
____Bill pouvait lui dire n'importe quoi, lui faire n'importe quoi. Il pouvait l'utiliser, l'user, l'abîmer, le casser. Il serait toujours là pour Bill. Parce que Bill lui, était, et serait toujours là.